"L'Immeuble qui pousse" - Montpellier (43°36' 39" N, 3°53' 45" E)
Une rencontre rare entre un architecte et un promoteur privé sur
le terrain des envies.
Envie d'autre chose, envie de matière, d'usage, de plaisir, d'éphémère,
de sens, les 5, mais surtout pas d'architecture.
Le projet aurait pu s'appeler le balcon dans tout ses états. Balcon jardin
pour manger, nombreux, entre amis. Balcons cabane perchés au milieu des
arbres pour relation intime. Balcon plongeoir pour aller voir, curieux, dans
les frondaisons des cimes des arbres. Balcon terrasse pour se croire en maison
individuelle.
Mais le projet s'appelle l'immeuble qui pousse. Un matin en tripotant des cailloux
du grillage et du béton on a inventé un épiderme vivant.
Une peau de Frankenstein. On n'a pas pu passer à côté de
cela. Il fallait que cela pousse.
On a mit des sacs de terreau et de plantes derrière les cailloux. A la
longue cela finirait par ressortir. On a arrosé le tout d'engrais organique
fertilisé, comprenez de la merde de porc avec des graines. On a inséminé
le tout à la main par des alpinistes en cordée.
Mais cela n'était pas suffisant. On a mis la façade sous irrigation
automatique. Un drain poreux par niveaux, le tout raccordé à une
usine à gaz, comprenez pompe doseuse, apport d'engrais etc.
Il est encore trop tôt pour conclure, une seule certitude : si on
ne voulais plus de plantes aujourd'hui, on sait déjà qu'il faudrait
désherber les façades. L'immeuble poussera.
La bête fait 75 mètres de long sur 7 étages, au beau
milieu d'un parc face à la rivière du Lez.
Il s'agit probablement du premier bâtiment furtif jamais construit. De
près, les yeux fermés on n'entend que le bruit des feuilles. La
matière poreuse absorbe tout, il n'y a pas d'écho, comme dans
une chambre sourde.
Dedans il n'y a pas besoin de climatisation.
Le lieu est frais.
Dans les étages élevés, côté Lez comme
côté parc, des balcons continuent à décliner les
innombrables possibilités de ce jeu de cache - cache. Planchers de tailles
différentes, bordés d'un garde corps souple en bois.
Protection simple faite de remplissage de branches de châtaigniers équarris
et calibrées, implantés librement pour mieux se jouer des branches
et frondaisons avoisinantes.
Chaque balcon a une jardinière en creux , d'où des plantes grimpantes,
fleurissantes et aromatiques s'échappent…
Le soubassement est plus massif, fait de gros blocs de pierres qui se dégradent
vers le haut, dans les étages élevés en pierres plus fines
et légères.
L'ensemble des façades est colonisé de plantes qui habitent les
interstices des roches. Notre volonté s'appuie sur le mélange
de teintes lumineuses des plantes colonisatrices associées à celles
sombres des pierres des gabions.
Loggias closes, à ciel ouvert, d'une surface d'une quinzaine de m2. Leurs façades et la sous face de leurs planchers sont de bois. Implantés dans les arbres, ces séjours d'été extérieurs offrent une véritable extension aux logements.
Viens chez moi, j'habite dans une cabane...Architecte et copyright : Edouard François.
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